Article de notre camarade Hadrien BORTOT, membre de la section PCF du 19 eme et adjoint au maire du 19 eme à la Culture
J’ai mis du temps à réagir à la polémique autour de Barbara Butch. J’ai mis du temps parce que cette affaire me met profondément mal à l’aise. La lutte contre l’antisémitisme est un élément fondateur de mon engagement militant et politique. La défense de la liberté de création et de la liberté artistique est tout aussi essentielle dans les responsabilités qui sont aujourd’hui les miennes.
Barbara Butch est par ailleurs profondément liée au 19e arrondissement. C’est ici qu’elle s’est fait connaître, en mixant au Rosa Bonheur, un lieu qui a longtemps incarné une culture populaire, festive, progressiste et ouverte.
Tout le monde ou presque condamne la méthode : interrompre physiquement un concert n’est pas acceptable. Mais, à mes yeux, le problème principal est ailleurs. Il est dans la cible choisie.
Beaucoup font aujourd’hui comme si Barbara Butch représentait, d’une manière ou d’une autre, le gouvernement d’extrême droite de Benyamin Netanyahou ou la politique menée à Gaza. C’est faux. C’est une erreur politique.
Il y a moins d’un an, à l’initiative de Ian Brossat , des élus parisiens de gauche de sensibilités diverses, dont je faisais partie, avaient demandé l’annulation du concert de Disturbed. Pourquoi ? Parce que son chanteur, David Draiman, revendiquait explicitement son soutien au gouvernement israélien et était allé jusqu’à signer un obus destiné à Gaza. Nous étions alors face à un soutien politique assumé.
Personne n’est pourtant allé interrompre physiquement ce concert.
Comparer cette situation à celle de Barbara Butch n’a pas de sens. Barbara Butch ne revendique pas le soutien à un gouvernement. Elle revendique son identité, ses combats, son parcours. Parmi les composantes de cette identité, il y a sa judéité. Comme beaucoup d’artistes, son histoire personnelle nourrit son travail de création.
Je crois aussi qu’il faut rappeler à toutes et à tous combien le débat est difficile et complexe sur le sionisme . D’autant plus difficile que les mots eux-mêmes recouvrent des réalités très différentes. L’antisionisme n’est pas une position politique homogène. Pour certains, dont je ne fais pas partie, il signifie le refus de l’existence même d’un État d’Israël. Pour d’autres, il désigne avant tout la critique du projet sioniste tel qu’il s’est historiquement construit ou de la politique menée par les gouvernements israéliens.
De la même manière, se dire sioniste ne signifie pas nécessairement soutenir Benyamin Netanyahou, la colonisation ou la guerre menée à Gaza. Beaucoup de citoyens israéliens, de militants de la paix et de démocrates revendiquent un attachement à l’existence de l’État d’Israël aux côtés d’un état de Palestine libre et souverain. Réduire ces mots à des catégories absolues empêche de comprendre la réalité et nourrit davantage les fractures qu’il ne fait avancer le débat.
Barbara Butch a sans doute commis des maladresses. Elle l’a d’ailleurs reconnu elle-même. Comme tout artiste, comme tout être humain, elle peut se tromper.
Mais ce qui me dérange profondément, c’est cette exigence implicite selon laquelle un artiste juif devrait être irréprochable sur le conflit israélo-palestinien, devoir rendre des comptes en permanence, être sommé de prendre position de la bonne manière.
Demande-t-on la même chose aux autres artistes ? Exige-t-on d’eux qu’ils se prononcent sur chaque conflit international avant de pouvoir monter sur scène ? Évidemment non.
Ce mécanisme est dangereux. Il me rappelle celui de l’extrême droite qui exige, après chaque attentat islamiste, que les artistes ou les personnalités supposées musulmanes se désolidarisent publiquement sous peine d’être considérées comme complices.
Nous avons toujours combattu cette logique parce qu’elle consiste à assigner des individus à leur origine, à leur religion réelle ou supposée, et à leur faire porter une responsabilité collective.
Nous ne devrions pas l’accepter aujourd’hui sous prétexte que le contexte est différent.
La tragédie de Gaza exige de la clarté politique, de la fermeté contre le gouvernement de Benyamin Netanyahou et contre les crimes commis. Mais elle exige aussi de savoir désigner les véritables responsables. À force de choisir les mauvaises cibles, nous fracturons le camp progressiste et nous affaiblissons le combat pour la paix, la justice et les droits des peuples israélien et palestinien.
Auteur : Hadrien Bortot

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